Nov 1, 2009

Fellini + Vezzoli


L'exposition que le Musée du Jeu de Paume consacre à Fellini est pour le moins exhaustive. L'oeuvre du Maître y est décortiquée de manière quasi-analytique, par catégories. Il y a peut-être trop de photographies - trop de photographies de plateau - et pas assez de textes et de dessins (on constate que le divin Federico était bien un excellent caricaturiste). Mais si on aime Fellini, on ne pourra pas ne pas aimer l'exposition, et pousser (souvent) des petits soupirs de plaisir.


La partie occupée par Vezzoli, "A chacun sa vérité", est d'une nature toute différente. Il s'agit d'une seule et même oeuvre - la mise en abîme d'une exposition au coeur de l'espace d'exposition. Le félin Francesco présente dans une première salle un triptyque de vidéos identiques dont la diffusion n'est pas tout à fait synchrone. On y voit Eva Mendès, vêtue d'une longue robe noire à la Anita Ekberg de La dolce vita, danser et provoquer le spectateur. L'objet est captivant. Il s'agit d'une fausse publicité pour une fausse exposition, ou plutôt pour une exposition avortée, dont le descriptif figure sur un mur adjacent. Mais la mise en abîme pirandellesque est combattue par une sculpture un peu trop dilettante, dans un coin, et par trois grands ensembles photographiques un peu trop virtuoses, dans la salle suivante. Comme si l'artiste n'avait pas pu résister à la tentation de montrer, et de réaliser cette exposition qui n'aurait dû "jamais voir le jour".

Oct 4, 2009

Cindy en tournée dans les galeries Gagosian

Cindy Sherman est sa propre obsession depuis trente ans. Depuis trente ans, elle se transforme inlassablement, interrogeant ce que signifie "identité". Qui est-elle par ici? Qui est-elle par là? La photographe n'hésite jamais à rajouter un bouton sur sa peau, ou bien du volume sur ses hanches. Sans parler de la manière dont elle calibre ses expressions faciales. Ou de sa maestria de styliste. On l'a vue en adolescente trashy, en sous-héroïne publicitaire, et même en harlequin-femme.


A la galerie Gagosian de Rome, Sherman est maintenant une femme riche, très riche. Une femme mûre, mais extrêmement riche, protégée sous sa cuirasse de vêtements de luxe. Sherman est somptu-pompeusement habillée, coiffée, manucurée, distribuant par ci et par là des regards indifférents. Derrière elle, un décor incrusté permet de saisir rapidement le milieu dans lequel vit chacun des personnages interprétés. Un seul coup d'oeil à l'image suffit à se figurer l'avantage que procure l'argent et le pouvoir - à peine dé-matérialisé par ces rides et ces boutons qui rapprochent la bourgeoise du commun.

L'exposition offre un panorama assez saisissant des différentes fractions de la classe dominante américaine. Untitled (#477) représente la parvenue du Vieux Sud, qui pose devant un fleuve touffu, portant un chapeau à la cow boy et souriant à la caméra (celle-là n'a pas encore appris qu'il faut ignorer le spectateur pour faire chic). Untitled (#466) représente une "bourge" californienne qui habite dans un pastiche de cloître renaissant, l'air distant, main sur la hanche en signe de supériorité... mais vulgaires tatanes roses aux pieds et djellaba bleu brillante couvrant le corps. Untitled (#473) montre une milliardaire vêtue de fourrure, dans un portrait tout en effets extrêmement drôles.


Assurément on jouit et on jubile devant cette exposition: "Ahlala! Les riches! Ce qu'ils sont ridicules!". Oui, on pourrait presque y voir un coup d'art politique authentique. Bien sûr, il faut pour cela faire comme si on était pas chez Larry Gagosian.

Jun 23, 2009

Semaine d'ouverture de la Biennale: l'apparition de Christine Albanel


La semaine d'ouverture de la Biennale, c'est l'occasion pour les officiels de se montrer et de montrer que l'on soutient son pays.

Le ministre de la culture russe s'était promené tout seul dans les allées avant de monter sur l'estrade bien modeste qui avait été installée devant le pavillon de son pays. La super-sympathique Olga Sviblova, commissaire d'exposition, avait au préalable harangué la foule, sans jamais quitter ses lunettes de soleil "masque".

Christine Albanel, elle, voulait en jeter, et s'est donnée en spectacle, toute Chanel-lisée, devant le pavillon français. Aux Rencontres Internationales de la Photographie, l'année dernière, elle avait confondu Julien Clerc et Lucien Clergue. Cette fois c'est bien de Claude Lévêque qu'elle a fait le panégyrique. Congratulant les uns et les autres, elle décida de ne pas faire brutta figura et descendit l'allée d'un pas vif, semant presque la vingtaine de hauts fonctionnaires en costumes qui la suivaient comme un nuage de moustiques affamés. Un homme la guidait, sans parvenir à lui éviter de faire la queue devant les pavillons sur-visités. Arrivé devant le pavillon nordique, qui avait été transformé en demeure de collectionneur homosexuel, où un jeune perfomer écoutait de la musique tout nu sur un fauteuil ultra-design, une personne de nationalité française qui travaillait là, et l'avait sans doute reconnue, décida de lui proposer son aide: "Madame Albanel, vous désirez rentrer?". Qui ne dit mot consent. Christine Albanel, ingénue, suivit ce bon samaritain, et pénétra dans le pavillon par la sortie.

Traquenard? Piège gauchiste? En tout cas, il fallait aussi faire rentrer son cortège ministériel. La personne demanda "combien il y en avait". Un haut fonctionnaire, qui n'avait pas compris que le traître était français, lui dit en riant: "nous sommes 65 millions". "Ha!ha!ha!" dit le jeune terroriste, écartant le bras en signe de bienvenue. Mais la ministre se trouvait derrière lui, et, de petite taille, reçut son doigt dans la narine. Visiblement courroucée, elle ne dit pas merci et entama sa visite, toujours aussi alerte, riant avec son guide. "Ha!ha!ha!", "Ho!ho!ho!". Mais arriva le moment critique, lorsqu'après avoir contemplé, aussi vive qu'un éclair, une peinture de Herman Bas, elle se retourna et se retrouva, toujours en raison de sa petite taille, nez à nez avec le sexe - très volumineux - du performer suédois. Christine Albanel en eût (sûrement) le souffle coupé. Elle virevolta sur elle-même et prit le chemin de la sortie, qui était en réalité l'entrée, en galopant furieusement sur ses bottines Chanel. Tout autour d'elle, ce n'était plus qu'un flot de "ha!ha!ha!" et de "ho!ho!ho!" à s'en tordre les viscères.

Semaine d'ouverture de la Biennale: l'art aux Giardini


Une semaine à Venise pendant la semaine d'ouverture de la Biennale, cela peut être une expérience fatale pour le critique d'art. Il s'y empiffre, il y picole. Il se gave, se goinfre, se bâfre. Il n'a jamais le gosier à sec. Il a une bonne descente. Oui, il s'en met plein la lampe. Bien entendu, après tout cela, il ne se souvient pas très bien de tout ce qu'il a vu durant ses descentes à l'Arsenal ou bien dans un des palais du Grand Canal, armé des petits sacs en toile qu'il a extorqué aux bureaux de presse en se faisant passer pour un journaliste d'envergure internationale. En plus, il doit dire bonjour à tire larigot et toujours finir par expliquer où est-ce qu'il a déniché les dits sacs en toile.

Cela étant dit, aux Giardini, on pourra être enchanté à trois reprises. Pas dans le pavillon espagnol, très peinture-peinture. Pas dans le pavillon belge, trop conceptuel. Pas dans le pavillon russe, kitschy-kitschy. Pas dans le pavillon japonais, bien que les images décapent. Certainement pas dans le pavillon français, où l'on s'ennuie mortellement.

- Le pavillon britannique: Steve Mc Queen montre les Giardini, filmés à l'automne, ou bien en hiver, livrés à la désolation. Des lévriers fouillent dans les détritus de l'art. Les hurlements des supporters de football et les détritus de l'art. Deux hommes près des détritus de l'art. Beauté, beauté, intense beauté.



- Le pavillon danois et le pavillon nordique, transformés en maisons de collectionneurs par Elmgreen et Dragset, qui interviennent aussi bien en tant que commissaires d'exposition - de nombreux artistes "exposent" dans les dites demeures - qu'artistes-producteurs à proprement parler - une dizaine de pièces (notamment: des "meubles") ont été créées pour l'occasion. Devant le pavillon nordique, de style moderniste-californien, l'un des collectionneurs gît dans sa swimming-pool.


Damned, serait-ce du Maurizio Cattelan? Non, c'est Elmgreen et Dragset. Grrr!


- La pavillon américain: Bruce Nauman déchire l'ennui muséologique du pavillon, échappe à sa propre fossilisation. Un vrai héros! Une sculpture représentant une parcelle de corps humain, du bout de la main jusqu'au menton, émeut aux larmes.

Apr 30, 2009

La photographie du festival de Hyères



Les dix photographes sélectionnés par l'organisation du festival peuvent donner le vertige, mais aucun des vertiges du sublime. La plupart feront simplement bailler, mais d'autres affligeront par leur platitude (Daniel Traub). Sortent de l'ennui et du conformisme général: Amy Adams, qui propose de beaux portraits en noir et blanc, et Mélanie Bonajo / Emmeline de Mooj, qui ont documenté leur séjour au milieu d'une forêt, vivant, nues, dans conditions primitives.


Dans les étages supérieurs de la villa de Noailles, les expositions ne sont pas non plus renversantes. Steven Meisel, un des papes de la photographie de mode contemporaine, à l'iconographie idiosyncrasique souvent admirable, est desservi par le principe même du show: une simple collection de couvertures de magazines présentées en grille, ne montrant aucune des séries les plus emblématiques de l'artiste.

Au franco-français festival de Hyères


Mon ami Bill est un habitué des premiers rangs. Il assiste aux meilleurs des défilés des meilleures des fashion weeks. Mais à Hyères, il n'était pas dans son assiette. Il me souffla à plusieurs reprises : « OMG, I’m shocked ! ». Pauvre Bill, trop dur de partager son chapiteau avec toutes ces familles varoises – poussettes, cris d’enfants, laines polaires, ongles peints, tops Zara, et autres calamités naturelles ! Moi, au contraire, j’ai beaucoup ri en voyant Bill au beau milieu du bon peuple, auquel je dédis amoureusement cet article. Au premier rang de ce défilé, le défilé des jeunes designers en compétition, il y avait toute la harde parisienne du monde de la mode - sneakers Dior homme et coupe de cheveux asymétrique - mais aucune pointure d'envergure internationale. Un sentiment tristement franco-français. Diane Chose portait toujours sa choucroute noire, tandis que Natasha, de chez Hermès, faisait plein de petits bisous à Stéphane Wargnier, étoile sur le déclin et collègue de travail.

Le soir, nous faisons un saut en discothèque, mais la musique techno semble avoir fait fuir le gratin. Ah, mais non ! Que vois-je! Qui est cette créature au style impayable descendant de sa berline noire ? Ne serait-ce pas Kris Van Assche ? Vite, vite, allons lui faire un coucou.

A milan, au « salone »


Il n’y a pas à ma connaissance de manifestation transformant une ville de manière aussi radicale. Quatre cent mille personnes débarquent, très remontées, prêtes à parcourir fiévreusement les multiples zones d'exposition. Les fêtes fleurissent comme de jolis coquelicots sur les coteaux, souvent ouvertes au public, proposant parfois un diner complet. Chez 5 sur 5 par exemple, au Palazzo Stelline, non loin des bureaux de l'ambassade France, au milieu de meubles composés d’objets en plastique récupérés, on a pu, dans une symphonie des sens très délicate, manger du camembert tout en buvant une coupe de champagne.

Le Salone del mobile de Milan est aussi l’occasion d’étoffer son carnet d’adresse tout en se divertissant un sacco. Les événements mondains se succèdent à un rythme effréné : à l’hôtel Bulgari, pour la fête du New York Times, il n’y avait pas de Lady Gaga, mais une vraie lady du Royaume-Uni, toute vêtue de Prada, très belle, venue dans la capitale du design assouvir son addiction au design. Le poids de sa pulsion était si lourd que les talons de ses escarpins s’enfonçaient dans la pelouse comme dans du bitume tout frais. À la fête Diesel, j’ai aperçu Natasha, la directrice-artistique-de-la-communication-de-la-Maison-Hermès, toujours blonde  et bouclée, toujours d’un goût raffiné, toujours, enfin, investie et professionnelle.

Scanning New York - Adel Abdessemed



À la galerie David Zwirner, une exposition sublime. Adel Abdessemed propose quelques pièces d’anthologie, de celles qui peuvent éveiller l’universel en chacun de nous, c’est-à-dire la partie la plus instinctive et la moins culturelle de notre humanité.


Telle mère tel fils est une sculpture massive représentant deux aéronefs reptiliens. Chacun d’entre eux est un cockpit relié à sa queue par un long tube en feutre gonflé d’air. Les deux créatures sont entrelacées de manière extrêmement émouvante, à la manière de deux grands serpents. Dans The sea, Abdessemed, à quatre pattes sur une planche en bois, sur laquelle il tente d’écrire « politicaly correct », lutte sur le thème du Radeau de la méduse contre un implacable ressac, qui semble vouer sa mission à l’échec.

Mais le sommet est atteint par Usine, une vidéo fascinante d’une minute trente présentée en boucle, représentant un groupe d’animaux prédateurs (chiens, coqs, lézards, scorpions, migales…) réunis dans une sorte de petite arène. La prise de vue ? Souvent en plongée, mobile. Le montage ? Brut et nerveux. Certains animaux cohabitent, d’autres se déchirent. Bien sûr, on pense à la nature de la violence. Mais on éprouve surtout des sentiments transcendant l’imagination. Cette fois, il faut dire "merci".

Sous le soleil de l'Art


Scanning New York – Sophie Calle

Je n’ai rien vu de l’accrochage réalisé par Sophie Calle pour la précédente Biennale de Venise, mais, en tout cas, l’exposition que lui dédie la galerie Paula Cooper, Take care of yourself, laisse dubitatif. L’artiste travaille une nouvelle fois sur un événement autobiographique traumatique. Comme dans une œuvre précédente (Douleur exquise), elle tente manifestement de faire le deuil d’une relation amoureuse, en demandant cette fois à une série de femmes d’interpréter la lettre de rupture que lui a envoyée par son amant.

Malheureusement, ces femmes ne sont pas n’importe lesquelles, oh que non ! Il s’agit exclusivement de personnalités et d'expertes. Cela recouvre l’ensemble d’un vernis un peu superficiel et pour le moins agaçant. Pesantes, ou attendues, le sont aussi certaines interprétations : Miss Kittin réalise, bien évidemment, une improvisation musicale, tandis qu’une championne de tir à l’arc shoote la maudite lettre, appliquée à une cible. Quant aux images elles-mêmes... Bon.

Scanning New York – Dia Beacon



Le musée de la fondation Dia à Beacon est un lieu extraordinaire, présentant des œuvres exceptionnelles, dirigé par un homme à l'esprit exquis. Installé dans une ancienne fabrique de biscuits dans la campagne de New York, à une heure de la métropole, il regroupe les pièces d’artistes prééminents du siècle dernier (Dan Flavin, Richard Serra, Joseph Beuys, Bruce Nauman, Sol LeWitt…) mais présente également des artistes plus jeunes : Zoe Leonard expose actuellement une collection impressionnante de cartes postales des chutes du Niagara.


Certaines œuvres transportent : Un monolithe énorme, noir, installé par Michael Heizer comme une relique, dans une niche creusée dans un mur, amène à l’extase. Les fragiles sculptures en fil de tissu de Fred Sandback désorientent, remettant radicalement en cause les mécanismes de la perception. Les dessins de Sol LeWitt au crayon à papier, à la géométrie complexe, sur la paroi, les sculptures en débris de verre de Robert Smithson, les monumentales assemblages de carcasses de voitures de John chamberlain. Un festival de grandeur, une fête.


Mar 29, 2009

Under the de-control of Love


When Love rules, the whole world cheers up

Ah bon? Did you just say David Lachapelle?


Dans les milieux de la « photographie d’art » française, il est de bon ton d’exécuter une moue dédaigneuse en prononçant le nom de David Lachapelle. Trop coloré ? Trop artificiel ? Trop pop-ulaire? Il est certain que l’esthétique du photographe américain - excessive, extrêmement kitsch, souvent vulgaire - est très éloignée des canons de la photographie contemporaine européenne.


Pourtant, dans les années 90, David Lachapelle a connu une gloire intergalactique. De fait, le niveau technique des productions est pour le moins relevé, aussi bien en termes de lumière que de composition. Les mises en scènes sont très travaillées et les décors irréprochables. Dans certaines images, la puissance surréaliste ne fait pas seulement sourire, elle délecte et transporte l’imagination. Ainsi, cette femme écrasée par un hamburger géant en pleine rue, ou cet homme d’affaires prêt à recevoir son châtiment. Ici, une certaine forme de rire populaire est convoquée. Grâce à leur hypertrophie burlesque, certaines photographies possèdent une puissance démystificatrice paralysant l’« effet de sacré » portée par l’image « arrrtistique ».


Certaines images fonctionnent moins bien. Les portraits de stars manquent parfois de légèreté, appuyant avec de gros sabots sur le levier symbolique, tout comme les productions les plus récentes, telles que la série Déluge, où l’esthétisme semble malheureusement s’imposer contre l'ironie baroque des premières réalisations.


Mar 27, 2009

Memories of a fashion shoot

Everything was fab or sometimes just quite amazing. The model was happy. Joy was all around us. Bless the magical kingdom of Fashion!

A la maison rouge

A la maison rouge, on s'amuse bien devant les incursions d'Andy Warhol à la télévision. La publicité pour Pepsi (était-ce plutôt Coca?), où Warhol apparaît sur un char, est hilarante. L'interview de Courtney Love est charmante. Cette réunion de documents d'une autre époque, si proche et pourtant si lointaine, délecte. Mais les idées de génie du maître ne trouvent pas ici leur plus glorieuse expression.

La partie dédiée à Mika Rottenberg est, elle, tout bonnement oh!. L'installation Dough marque les esprits avec ses personnages féminins enfermés dans des boîtes, liées les unes aux autres par une chaîne de production sur laquelle circule un énorme morceau de pâte. Les femmes sont des corps, ah ça oui, mais des corps singuliers. Divers éléments, dont l'existence semble éminemment arbitraire, assurent à l'ensemble sa part de mystéry.